Auto-entrepreneur en architecture d'intérieur ou BTP : ce qu'il faut savoir

Cet article est informatif. Pour les questions juridiques et fiscales spécifiques, consultez un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.

Le statut auto-entrepreneur (officiellement micro-entreprise) est devenu en 2026 le mode d'entrée le plus populaire dans l'architecture d'intérieur et la prestation de services BTP. Simple, rapide, peu coûteux à créer, il a aussi des limites strictes que beaucoup découvrent trop tard. Cet article fait le tour des règles 2026 : plafonds, charges, obligations, basculement vers société.

L'essentiel sur le régime micro-entrepreneur

Création

  • En ligne sur autoentrepreneur.urssaf.fr : 15 minutes, gratuit
  • Pas de capital social requis
  • Pas de comptabilité complexe (juste un livre des recettes et un registre des achats)
  • Compte bancaire dédié obligatoire dès que les recettes dépassent 10 000 €/an pendant 2 ans consécutifs

Activités possibles dans l'archi-BTP

  • Architecture d'intérieur (sous certaines conditions, voir plus bas)
  • Conception et plans techniques (DAO, BIM)
  • Conseil en aménagement, décoration
  • Maître d'œuvre (titre non protégé, accessible)
  • Coordination de chantier
  • Services aux pros BTP (formations, conseil, audit)

Activités incompatibles avec le statut

  • Architecte HMONP : la profession est réglementée, l'inscription au CNOA exige un statut salarié, libéral, ou entreprise, pas de micro-entreprise pour exercer en propre
  • Travaux du bâtiment soumis à qualifications réglementées : électricité, plomberie, gaz nécessitent agréments spécifiques en plus du SIRET

Les plafonds de chiffre d'affaires (CA) en 2026

Type d'activitéPlafond CA annuel
Vente de marchandises, fournitures, hébergement188 700 €
Prestations de services (architecture d'intérieur, conseil, MOE, coordination)77 700 €
Activité mixte (vente + services)188 700 € total dont max 77 700 € services

Important : ces plafonds sont calculés sur l'année civile complète (1er janvier au 31 décembre). Si vous démarrez en juin, le plafond est proratisé (77 700 / 12 × 7 = 45 325 €).

Que se passe-t-il si on dépasse ?

  • 1ère année de dépassement : tolérance, vous restez en micro
  • 2ème année consécutive : vous basculez automatiquement au régime du réel simplifié, ce qui implique :

- Comptabilité complète obligatoire

- TVA collectée et déductible

- Charges réelles déductibles

- Création d'une société souvent recommandée

Les charges sociales en 2026

Les cotisations sont calculées en % du CA encaissé (pas du bénéfice, c'est important) :

Type d'activitéTaux 2026
Prestations de services BIC (architecture d'intérieur, design)21,2%
Prestations de services BNC (conseil, MOE)21,2%
Vente de marchandises12,3%

Sur 50 000 € de CA en architecture d'intérieur : 10 600 € de cotisations sociales.

Versement libératoire de l'impôt

Option avantageuse si vos revenus du foyer sont modérés :

  • Sur le CA prestation services : +2,2% (BNC) ou +1,7% (BIC)
  • Soit en tout : 23,4% ou 22,9% au lieu de 21,2% + impôt classique

Au-delà du plafond du quotient familial, le versement libératoire devient désavantageux. Calculer chaque année.

CFE (Cotisation Foncière des Entreprises)

À payer en plus, à partir de la 2ème année.

  • Exonération la 1ère année
  • Montant : variable selon la commune et le CA, environ 200 à 800 €/an
  • Calcul : sur la valeur locative du local professionnel ou un montant minimum

La TVA : franchise ou pas ?

Franchise en base de TVA

Tant que le CA ne dépasse pas 36 800 € annuels (services), vous êtes en franchise de TVA :

  • Vous ne facturez pas la TVA à vos clients
  • Vous ne récupérez pas la TVA sur vos achats
  • Vous indiquez "TVA non applicable, art. 293 B du CGI" sur vos factures

Au-delà du seuil franchise

À partir de 36 800 € de CA en services :

  • Vous devez facturer la TVA à 20% (taux normal) ou 10% (rénovation logement de plus de 2 ans) ou 5,5% (rénovation énergétique)
  • Vous récupérez la TVA sur vos achats professionnels
  • Déclaration TVA tous les mois ou trimestres

Tolérance

Si vous dépassez exceptionnellement 36 800 € (jusqu'à 39 100 €), vous restez en franchise pour l'année en cours, basculement au 1er janvier suivant.

Stratégie : si vos clients sont des particuliers (qui ne récupèrent pas la TVA), la franchise est avantageuse (vous êtes 20% moins cher en façade). Si vos clients sont des pros (qui récupèrent la TVA), la franchise est neutre, voire désavantageuse car vous ne récupérez pas votre TVA d'achat.

Les obligations spécifiques pour l'architecture d'intérieur

Pas d'inscription Ordre

L'architecte d'intérieur n'est pas une profession réglementée → pas d'inscription obligatoire au CFAI, contrairement à l'architecte HMONP qui doit s'inscrire au CNOA.

L'adhésion au CFAI est volontaire mais recommandée pour :

  • Affichage de crédibilité auprès des clients
  • Accès à des formations spécialisées
  • Médiation en cas de litige

Assurance Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro)

Obligatoire depuis la loi Hamon. Coût annuel : 300 à 800 € pour un architecte d'intérieur en début d'activité.

La RC Pro couvre :

  • Les erreurs de conception
  • Les dommages causés à un tiers lors de votre prestation
  • Les conseils erronés ayant causé un préjudice

Garantie décennale ?

Pas obligatoire pour un architecte d'intérieur en stricte conception (sans signature de plans soumis à PC). En revanche, fortement conseillée dès que vous touchez à de la structure ou à des éléments durables.

Coût : 800 à 1 500 €/an selon le CA et le type de mission. Pour un AI seul micro-entrepreneur, c'est un poste lourd qui peut faire pencher la balance vers l'EURL/SASU dès le début.

Garantie Biennale

Couvre les éléments d'équipement dissociables. Pas obligatoire en libéral pur, mais souvent intégrée dans la RC Pro.

Le statut juridique idéal selon la phase

Phase 0 (test, < 10 000 € CA/an)

Auto-entrepreneur en franchise TVA. Démarrage simple, charges minimales (21,2% sur CA encaissé).

Phase 1 (10 000 à 36 800 €/an)

Auto-entrepreneur en franchise TVA toujours. Optimal si clients particuliers.

Phase 2 (36 800 à 77 700 €/an)

Auto-entrepreneur avec TVA (franchise dépassée). Toujours simple administrativement, mais moins compétitif si clients particuliers.

Réfléchir à l'EURL ou SASU dès qu'on dépasse 50 000 € sérieusement.

Phase 3 (> 77 700 €/an services)

Basculement obligatoire au régime réel. Trois options :

  • EI au réel simplifié (entrepreneur individuel) : plus de plafond, charges sur le bénéfice réel, comptabilité simplifiée
  • EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) : un seul associé, gérance, IR ou IS au choix
  • SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) : un seul associé, président, IS automatique, charges sociales basées sur la rémunération

Phase 4 (croissance, embauches, structuration)

SAS, SARL plurielle, ou structure adaptée selon la fiscalité familiale.

EURL vs SASU : tableau comparatif

CritèreEURLSASU
Statut du dirigeantTNS (travailleur non salarié)Assimilé salarié
Charges sociales~45% rémunération brute~80% rémunération brute (mais beaucoup d'avantages sociaux)
Cotisations minimum (sans rémunération)~1 200 €/an0 € si pas de rémunération
Régime fiscal de baseIR (option IS)IS (option IR temporaire)
Capital social minimum1 €1 €
ComptabilitéAllégéeComplète
Cession de titresPlus complexePlus simple

Verdict simplifié :

  • EURL : si vous voulez une rémunération nette correcte avec faibles charges sociales. Adapté solo qui veut "vivre" de l'activité.
  • SASU : si vous voulez la flexibilité (dividendes vs salaire), une perspective de croissance, ou une revente. Adapté projet ambitieux.

Les obligations comptables et déclaratives

Auto-entrepreneur

  • Déclaration mensuelle ou trimestrielle du CA sur autoentrepreneur.urssaf.fr
  • Tenue d'un livre des recettes (date, libellé, mode de paiement, montant)
  • Tenue d'un registre des achats si activité de vente
  • Conservation des factures pendant 10 ans
  • Mention légale obligatoire sur factures : "Dispensé d'immatriculation au RCS et au RM" (sauf inscription volontaire)
  • Mention "TVA non applicable, art. 293 B du CGI" si en franchise

EURL / SASU

  • Comptabilité complète (bilan, compte de résultat, annexes)
  • Liasse fiscale annuelle
  • Assemblée générale annuelle (même unipersonnelle, formel)
  • Dépôt des comptes au greffe (RCS)

Les pièges à éviter

Sous-déclaration de CA

Conséquence : redressement URSSAF + pénalités (10 à 80% du CA non déclaré). Tracé via les paiements bancaires.

Confondre comptes pro et perso

Pendant les 2 premières années, vous pouvez utiliser votre compte personnel si CA < 10 000 €. Au-delà : compte dédié obligatoire (sanctions URSSAF).

Oublier la CFE

Beaucoup d'auto-entrepreneurs ne reçoivent pas l'avis d'imposition CFE et oublient de payer → majoration 10%, parfois action en recouvrement.

Pas d'assurance RC Pro

Risque : un client mécontent vous attaque pour conseil erroné → vos biens personnels sont engagés (sauf si EURL/SASU).

Confondre micro et libéral classique

L'auto-entrepreneur n'est pas un libéral en BNC réel. Pas de SCM, pas de société d'exercice possible en micro.

Quand basculer en société ?

Indicateurs critiques :

  • CA > 50 000 €/an régulier
  • Bénéfice net > 30 000 €/an (à ce niveau, charges micro deviennent désavantageuses face aux dividendes)
  • Investissements importants (équipement, local, salariés)
  • Volonté de transmettre / vendre l'activité
  • Projet à plusieurs (EURL devient SARL, SASU devient SAS)

Coût de transition micro → EURL/SASU : 800 à 2 500 € (frais juridiques + comptable première année). Souvent rentable dès la 2ème année.

En résumé

Le statut auto-entrepreneur est un excellent point de départ pour un architecte d'intérieur, un MOE indépendant, ou un consultant BTP. Ses limites (plafonds CA, calcul des charges sur le CA, pas de récupération TVA initiale) en font cependant une étape transitoire plutôt qu'une situation pérenne pour un pro qui se développe.

Plan recommandé :

  1. An 1 : auto-entrepreneur en franchise TVA, tester le marché
  2. An 2 : si CA > 30 000 €, étudier le passage TVA + bascule société
  3. An 3 : structure adaptée (EURL ou SASU) si activité pérenne
  4. An 5+ : SAS classique si croissance, embauches, partenariats

Pour les questions spécifiques à votre situation (composition du foyer, autres revenus, perspectives), consultez un expert-comptable dès la 2ème année. La consultation initiale (~150-300 €) est rentable.

Pour aller plus loin : assurance décennale architecte obligatoire, comment trouver des clients architecte d'intérieur, statut auto entrepreneur architecte d'intérieur.